Les 5 huaca du Pantiacolla

En juin 2015, nous avons découvert 5 huaca (pierres ou édifices sacrés) sur la cordillère du Pantiacolla, dont trois sont probablement Inca, et deux probablement antérieurs. Ces huaca jalonnent le fameux camino de piedra – chemin de pierres Inca ou pré-Inca suivi notamment par Deyermenjian qu’on devine à peine aujourd’hui sous l’herbe haute. Cela nous pousse à croire que ce chemin faisait partie du réseau ceque de chemins Inca administrativo-religieux (et oui, ils n’avaient pas de loi 1905). Qui dit ceque, dit frontière… La probabilité que l’empire Inca se soit arrêté ici, face à l’étendue amazonienne en contrebas, nous parait forte.

Tous les royaumes se terminent au Paititi, mais lui ne se termine jamais.

C’est autant l’allégorie de la mort, que celle de l’Amazonie qui s’étend aux pieds de la sierra de Pantiacolla. Alors à quoi sert tout ça, si l’empire Inca se termine ici ? Qu’on se rassure ! L’empire Wari, lui, ne fait que commencer.

huaca-1-logo    Le premier huaca est magnifique, mais ce n’est pas une découverte : Deyermenjian l’a débusqué en 2004 avec Mamani et notre Goyo. C’est une plateforme cérémonielle dirigée vers le lever du soleil, dont nous parlons plus en détails sur cette page. Quand nous l’avons retrouvé, il était de nouveau recouvert entièrement de végétation : en 10 ans… c’est dire alors l’effet de 5 siècles ou plus. Ci-dessous, la photo prise par Deyermenjian en 2004 (à gauche), et notre photo de 2015 (à droite). Oui, le temps est le même… En 10 ans il n’a pas changé !

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huaca-2-logo   Le huaca 2 est un huanca : quel charabia direz-vous… Mais c’est très simple : huaca signifie “sacré”, alors que huanca signifie “menhir”. Donc le huaca 2 est un menhir sacré, voilà tout. Pourquoi sacré ? Parce qu’il respecte tous les patrons culturels des menhirs sacrés trouvés ailleurs au Pérou. On en trouve même sur la côte, notamment à Caral… à 600 km d’ici.

Comme le huanca de Caral, celui du Pantiacolla dépasse en sur-sol d’environ 1m40 ; il devait dépasser d’environ 1m80 à l’époque où il a été érigé. Sa tête est biseautée (idem Caral), peut-être par une activité de taille, et il est orienté au Nord-Ouest. Il est entouré de pierres plates (idem Caral), comme une fleur ou plutôt comme un cadran horaire. Son orientation indique le nord-ouest, mais il est bien plus probable qu’il s’agisse d’une orientation horaire.

Ci-dessous un “dézoom”, du plus proche  au plus loin, du huanca du Pantiacolla, pour terminer sur une photo de celui de Caral :

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Pourquoi les vieilles civilisations andines ou côtières érigeait-elles des huanca ? Il faut ici se référer à Pierre Duviols, un anthropologue français des années 1970-80, dont c’était un des sujets d’étude. Celui-ci nous apprend le huanca était souvent associé à une momie, et avait une fonction de protection et de fertilité, en tant que lithification de l’âme du mort. De l’une des deux âmes du mort, devrait-on dire, puisqu’il y en avait deux (les camaquen). Duviols aurait sans-doute été très content d’ajouter un huanca à sa collection sous étude, car ils ne sont pas si courants que cela à avoir subsisté de nos jours. Ne se plaignait-il pas de devoir trop souvent se contenter des chroniques espagnoles, et souvent des procès pour idolâtrie, biaisés et peu révélateurs de réalité du culte des huanca !

Car il faut dire aussi que le huanca est le comble de l’animisme : donner une âme aux animaux ou aux plantes, passe encore, mais donner une âme aux pierres ! On peut imaginer que nombre de huanca ont été couchés par les conquistadors, et voilà pourquoi Duviols aurait autant de chroniques mais aussi peu d’exemples sur le terrain. Couchés, mais pas le nôtre, diable ! Il est encore debout, depuis certainement un bon millénaire. Et vous savez ce que ça prouve ? Oui… que les conquistadors ne sont probablement jamais passés par ici…

Le huanca pouvait protéger un champ (huanca chacrayoc) ou un village (huanca marcayoc). Mais alors que protège ici notre huanca, seul sur sa cordillère, au gré des vents et des pluies, ridé par le gel ? Que ce soit un chacrayoc ou un marcayoc, nous pensons qu’il protège une partie de la vallée de Lacco, dont les sites de Miraflorès et celui de Jesus Maria que nous avons découvert. Ou bien… il protège un site encore inconnu en contrebas, dans le Megantoni. Et troisième possibilité, il pourrait aussi protéger un site, village ou domaine agraire, qui serait gisant sous la terre à l’heure actuelle. Hypothèse crédible, quand on voit le tambo principal enterré que nous avons découvert non loin du huanca.

huaca-3-logo     Il s’agit encore d’une plateforme, probablement cérémonielle, située dans la partie centrale de la cordillère du Pantiacolla. Difficile de savoir si elle est déjà connue ou non, car certains en parlent mais aucune photo ne circule, ni sur Internet ni ailleurs. Sur le terrain, elle est quasiment entièrement sous l’herbe haute. Très difficile à voir, même en cherchant bien.

Nous l’avons atteinte au soir, peu avant 18h00, et il ne nous restait que 5 minutes de jour pour prendre les photos… qui ont donc été peu soignées. Désolé pour les photos ci-dessous ! Nous promettons d’y retourner pour en faire de plus belles.

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Cette plateforme est de dimensions comparables au huaca 1, et rectangulaire également.

Nous n’avons eu le temps que de sonder à la machette l’existence ou non de marches extérieures, comme pour le huaca 1. Le sondage montre qu’il n’y aurait pas de marches, mais il reste difficile de l’affirmer. Par contre la plateforme parait elle-aussi, comme pour le huaca 1, être dirigée vers le lever du soleil au solstice d’hiver entre deux Apu dominant le lago de Angel. Un apu est un mont remarquable, en général vénéré en tant que matérialisation du dieu Huiracocha, que ce soit chez les Inca ou les pré-Inca.

huaca-4-logo    Le huaca 4 est de petite taille mais extraordinaire, et bien sûr inconnu, comme les huaca 2 et 3, et 5. Il s’agit d’une roche taillée qui était envahie par la mousse. Et quand on dit taillée… elle ressemble carrément à une petite intihuatana : pierre solaire servant à mesurer, l’on suppose, les saisons ou les solstices / équinoxes. Mais voyez plutôt par vous-mêmes les photos ci-dessous. Car toute interprétation sera probablement fausse… sauf à dire que ce n’est pas une pierre naturelle !

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On ne le dirait pas sur la photo, mais les deux côtés formant la pointe de la pierre sont de dimensions égales. Et la direction pointée est la même que celle du huanca (menhir) décrit ci-dessus, comme si elle en était une reproduction miniature. Mais il y a encore mieux… Un ergot sur le bord Ouest de la pierre semble carrément représenter le tambo principal que nous avons trouvé non loin de là où est la pierre, car celui-ci est situé sur une colline à 5 pics, exactement comme ce que montre la pierre. Voyez plutôt ci-dessous quelques photos de cet ergot :

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